Effets du réchauffement climatique sur le parasitisme en région Bretagne
- cabinet altervéto
- 31 juil. 2023
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : 26 mars

C'est embarrassant mais faut bien avouer que la gestion du parasitisme à l'herbage est de plus en plus compliquée dans notre région.
Alors que l'on souhaite tous utiliser moins de produits chimiques pour traiter nos animaux, chez certains le sujet finit par être presque tabou..
Dans les troupeaux qui me servent de références, avec une recul de plus de 10 ans pour certains, se sont les strongles digestifs et respiratoires qui posent le plus de soucis..
Comment interpréter ces recrudescences de parasites ?
Peut-on s'y adapter ?
Sans trop de prétention, tant le sujet est en réalité complexe, j'aborde dans ce bref article quelques des pistes de réflexion pour la région Bretagne.
Les parasites s'adaptent aux aléas climatiques
Le premier écueil en la matière provient d'une compréhension du parasitisme généralement très rudimentaire. Celle-ci rend notre vision globale des problématiques parasitaires très partielle quand elle n'est pas carrément erronée..
En tant que composante à part entière des écosystèmes et de leur biodiversité les organismes communément appelés parasites vont comme tous les autres êtres vivants subir les changements climatiques et tenter de s'y adapter..
.. tout simplement.
En priorité, il faut remettre nos pratiques en question
Pour survivre aux conditions météorologiques extrême - froid, sècheresse, chaleur - les parasites modifient les périodes et la dynamique de développement de leurs cycles de reproductions.
Par conséquent les calendriers annuels de prévention établit par saison sont de plus en plus souvent obsolètes. Il faut désormais se résoudre à tenir compte des aléas du climat pour ajuster les actions préventives et curatives.
Et quoi de plus parlant qu'une photo comparative entre deux années consécutives 2022 et 2023 pour illustrer ces différences !!
il est évident que l'allongement de la durée du pâturage, grâce aux hivers doux et aux étés pluvieux, est un facteur qui augmente mécaniquement la charge parasitaire et les pathologies associées.
Mais en Bretagne, ce qui perturbe le plus la gestion du développement des populations de strongles ce sont paradoxalement les épisodes de sècheresse.
Or la sécheresse des sols en Bretagne un phénomène nouveau et récurrent depuis 2020.
Parasites et sécheresse, un phénomène bien connu des autres régions
La sécheresse perturbe toute la vie du sol et les parasites n'échappent pas à la règle..
La plupart d'entre eux vont bien évidement mettre en place des mécanismes d'adaptation pour leur survie. Ainsi, suite au retour des conditions d'humidité ont observe régulièrement des explosions de certaines populations et tout particulièrement des strongles digestifs..
Comprendre et anticiper une reprise active des multiplications parasitaires suite à une période de sécheresse estivale est difficile. En effet, cela va dépendre d'un alignement de conditions sur plusieurs semaines.
Les larves de strongles sont très sensibles à la dessiccation.
Donc lorsque les sols s'assèchent elles vont se mettre « en pause » et tenter de survivre en se mettant à l’abri dans le sol. Une fois bien protégées, elles peuvent attendre le retour des pluies pendant plusieurs semaines..
Le taux de survie et la localisation des zones encore parasitées sur une parcelle ne sont pas faciles à déterminer. En fonction de la végétation résiduelle, des haies et des talus qui bordent les prairies on pourra observer localement de très nettes différences.
Ainsi au court de l'été, certains espaces qui semblaient peu parasités peuvent tout d'un coup présenter de très fortes concentrations en larves de strongles infestantes.
Dans le régions méridionales ces phénomènes sont bien connus.
Cette résurgence des strongles digestifs à lieu généralement après les orages du mois d’août/septembre. Traditionnellement à cette période les éleveurs ont donc pour habitude de garder les animaux en bâtiment tant que l'herbe est mouillée afin de limiter les infestations.
Autant dire qu'en Bretagne les conduites d'élevage et les conditions de pâturage sont loin d'être adaptées à mettre en place de telles pratiques !!
Quelles solutions ?
Inutile de se mentir à moyen terme si l'on veut se passer des chimiques et ne pas finir comme la nouvelle Zélande il va falloir changer nos pratiques : s'adapter à la nature et aux évolutions climatiques..
Cela dit à court et moyen terme ce n'est évidement pas possible dans la majorité des élevages qui se retrouvent bloqués à plusieurs niveaux..
Alors dans l'urgence il ne faut pas hésiter à ressortir l'arsenal chimique même si on a tous conscience que la situation n'est pas pérenne..
Par ailleurs en attendant d'être prêt à opérer des changements radicaux dans les conduites, pour limiter l'usage et la quantité de produit il existe des moyens efficaces d'anticiper et d'optimiser les traitements.
La mauvaise nouvelle c'est que pour le moment cela nécessite des réflexions individualisées et ajustées chaque année.
Et pour ce faire la coprologie est un outil de pilotage indispensable à mettre en place de manière raisonnée.
Il faut parfois se faire conseiller et surtout acquérir quelques automatismes auprès de professionnels (véto et conseillers agricoles) qui c'est vrai, sont encore trop peu nombreux à maîtriser ces problématiques. Cela dit ce n'est pas impossible et on progresse de plus en plus.
Depuis plus de 10 ans je résous des soucis de parasitisme chronique en ferme et nombres d'éleveurs ayant bénéficié d'un accompagnement sont devenus autonomes en quelques saisons.
Bref il y a des perspectives pour peu qu'on soit prêt à faire évoluer ses pratiques !!
Et chez vous où en sont vos protocoles ?
Envie d'en savoir plus et/ou de changement ?
N'hésitez pas à me poser des questions, j'y répond avec plaisir !!
dr.vet Émilie Salesse
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